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vendredi 29 mars 2013

Comme tout a changé en 6 mois !


"A la fin tu es las de ce monde ancien

qui croit que la poésie ne sert à rien...". 
Pardon, Guillaume pour ce détournement 
mais c'est pour la bonne cause. 

Sur son blog, le journaliste Amaury Da Cunha a publié un "article initialement paru dans le supplément "culture & idées" du Monde". C'est un bon tour d'horizon de l'état de la poésie ou plutôt de la perception qu'en ont les intervenants interrogés : Pierre Alferi, Jean-Michel Maulpoix, Denis Roche, Pierre Pachet, Florence Trocmé...

Plus exactement encore : c'est un tour d'horizon de l'état de la poésie... il y a 6 mois. En effet, cet article est daté, au sens propre. Il est d'octobre 2012 or six mois aujourd'hui valent bien six siècles, le miroir a déjà un peu jauni. Ce dont on est en droit de se réjouir vu le ton globalement attristé de cet article qui reflète les lunes anciennes : la poésie serait "ringarde et passéiste". Compatissons...

Et comme c'est Jacques Roubaud qui le dit - avec toute la réelle autorité sur le sujet qui est la sienne - on pourrait croire que le débat est clos et que l'affaire de la poésie est définitivement perdue dans les brumes délétères d'un gentil souvenir. Seulement l'article du Monde diplomatique dont ces propos sont extraits datent eux de janvier 2010 ! Et là, 3 ans égalent 3000 ans. 

Mais laissons la préhistoire et revenons à l'époque contemporaine. Que s'est-il passé depuis six mois ? Le Printemps des Poètes est passé par là. 


Un retournement


Le 15e Printemps qui vient de se terminer a manifestement inauguré un retournement. Les spectacles étaient souvent pleins et pour une fois les media en ont parlé. Ou le contraire, comme dans la question de la poule et l'oeuf.

Les chiffres l'attestent, puisqu'il faut toujours attester, mais plus encore ce qui fait signe c'est ce qu'il faut bien appeler un engouement nouveau des media pour la chose poétique. Voir les articles de synthèse ici et aussi là, qui ne représentent sans doute pas un dixième de la réalité. 
Cette preuve n'est d'ailleurs pas seulement dans le nombre des retombées presse, comme disent les professionnels, mais dans le ton nouveau que l'on y perçoit. Le discours que l'équipe du Printemps des Poètes, à commencer par son directeur artistique Jean-Pierre Siméon, ne cesse de répéter depuis 15 ans a enfin été entendu. Sont-ils devenus meilleurs ? Peut-être, mais sans doute aussi : c'était le bon moment. 

Jacques Bonnaffé, impérial sur la plate-forme du bus
exceptionnellement garé sur la piazza Beaubourg
le 9 mars jour du lancement du Printemps.

L'effet d'événement n'est sans doute pas pour rien dans ce succès. La concentration sur deux semaines de milliers d'opérations sur tout le pays a forcément incité les media à en rendre compte. La présence de porte-drapeaux magnifiques comme Denis Lavant et Jacques Bonnaffé, le soutien de partenaires solides comme la RATP - avec son bus à plate-forme sur la piazza Beaubourg le 9 mars jour du lancement - les très nombreuses émissions sur France culture et France Inter, tout cela a permis de mettre en route ce qui est devenu un imposant train d'articles, reportages, annonces, etc. 

Le milieu s'ouvre


Il y a aussi que le milieu a commencé de sortir du milieu. Le cercle des spécialistes s'est ouvert. On a vu des gens "venir pour la première fois", comme ça "par curiosité". 
Et puis, grâce, il faut bien l'avouer, aux réseaux sociaux, à commencer par Facebook - qui simplifie tellement la vie de ceux qui n'ont pas de budget pour communiquer - l'information est passée. Et le fond de cette information, son tronc commun, derrière les détails est ceci : Y'A UN TRUC SYMPA AUJOURD'HUI QUI S'APPELLE LA POESIE. 

Et ça, vu le contexte comme on dit, ça parle aux gens. Les media le sentent et font leur travail. Comme l'ont bien analysé des chercheurs comme Dominique Wolton, les media ne créent pas de tendances, ils n'inventent rien mais ils n'ont pas leur pareil pour amplifier les mouvements de cette vaste mer qu'est une société. 

Bien malin qui pourrait dire l'avenir mais quelque chose a démarré et rien ne prouve que ce train-là doive s'arrêter. 

D'autant que les premiers concernés, les poètes, se sont structurés ici et là en groupes plus ou moins formels. Ainsi l'UNION DES POETES, dont nous relations il y a quelques semaines la création et les premières réunions, est forte déjà d'une centaine de membres actifs et a formalisé son programme de travail. 

Derrière ce succès du Printemps des Poètes 2013, il y a aussi le travail de fond effectué par des centaines d'associations, groupes, bandes de copains, partout en France, qui ne se sont jamais résignés et continuent inlassablement leur travail de Résistants, à l'exemple de l'association Poètes en Résonance du poète Seyhmus Dagtekin qui vous attend ce soir-même pour entendre les poètes Patrice Delbourg et Shumona Sinha, accompagnés par la musicienne Hélène Arntzen. Comme d'habitude : entrée libre, accueil prévu pour les enfants et la soirée se poursuit autour d'une collation festive préparée par les voisins du quartier. Mais si, c'est possible. C'est au 8, rue Camille-Flammarion, dans le 18e à Paris. Si vous avez cette information trop tard, pas de désespoir, ces rendez-vous sont quasiment mensuels. Précisons : ceci n'est pas de la pub, c'est de l'information. C'est gratuit, comme presque toutes les manifestations de poésie. A se demander comment les poètes mangent et paient leur loyer...

Voilà encore une excellente raison pour que le ministre Vincent PEILLON rétablisse la subvention de 50 000€ qui manque encore dans la bourse du Printemps des Poètes au titre du budget 2012 et qu'il n'ampute pas le budget 2013, évidemment

Et pour qu'Apollinaire nous pardonne l'emprunt du début de Zone, premier poème du recueil Alcools, - vendu à 200 exemplaires à sa sortie et à 2 000 000 aujourd'hui - en voici les derniers vers :
" Adieu Adieu 
Soleil cou coupé. "
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